jeudi 18 avril 2013

Revue Travers n°58



S'il est une belle revue aujourd'hui fabriquée en France (Made in France !), c'est bien "Travers".
Pour vous allécher d'entrée de jeu, je vous dirai, renseignements pris, que son papier est un Colombe de 400 gr, pur chiffon, réalisé à la main et fabriqué avec des chiffons de couleur ou des pigments naturels, à barbes de rives et bords irréguliers.
ça vous en bouche un coin, n'est-ce pas ? En même temps, les partisans de la tradition (ça a du bon aussi) y trouveront leur compte, puisque la couverture a été tirée à la main sur presse à épreuves.
En résumé, rien que par le choix de ses matériaux, "Travers" a un très bon rapport qualité prix (30 €, plus 7 € de port).
Bref, dans mon langage à présent, ce qui m'a plu tout d'abord, dans ce numéro 58 de "Travers", c'est sa présentation. Il n'y a plus d'agrafes qui fixent les pages en un seul et unique ensemble. Cette revue est comme une maison dans laquelle les fenêtres sont des enveloppes, avec à l'intérieur, les témoignages des proches de Gaston Chaissac (1910-1964), l'artiste brut et de Jules Mougin (1912-2010), le poète facteur. Quant à la pièce principale, il s'agit d'un choix de 23 lettres détachables qui se présentent sous un bandeau de papier kraft, échangées entre ces deux là, Gaston Chaissac et Jules Mougin, entre 1949 et 1962. D'abord les lettres de Chaissac à Mougin puis de Mougin à Chaissac. En fac-similés et en traitement de texte.
Avec ces deux clients, vous pouvez être tranquilles. Vous passerez nécessairement un moment d'exception, surtout si vous êtes doué de cette qualité appelée sensibilité, qui n'est pas toujours partagée par l'ensemble des humains, mammifères dits supérieurs.
A ce petit jeu, si les lettres de Jules Mougin dénotent un plaisir de vivre que je qualifierai de solaire, celles de Gaston Chaissac sont véritablement uniques. Cet homme là avait le génie de la spontanéité, même si ce n'est qu'apparence. S'y exprime, dans un français approximatif, une quête qui va bien au delà d'une simple recherche de nouveau langage ou du faire du fric avec l'art. Car Chaissac, dans ses lettres, est toujours inquiet. Et ça se sent. Il s'interroge en permanence au sujet de la plus juste expression artistique, comme Van Gogh le faisait plusieurs décennies plus tôt.
Je ne connais pas beaucoup d'artistes capables de monter ce qu'ils ont dans le ventre, semblant d'ordinaire plus forts pour la parade.
Ainsi, ces 23 lettres constituent un témoignage de vie dont vous refuserez de vous séparer, une fois en sa possession.
Allez, pour finir un bon conseil de Gaston Chaissac : "homme du peuple, évite de travailler pour un patron d'opinions cléricales. Crains moins en lui l'exploiteur de sueur humaine que le "hongreur" qui annihilera tes dons".
Ci-dessous, si je puis dire, image de "travers" de la revue, et si vous souhaitez vous procurer la revue, vous pouvez écrire à Philippe Marchal, 10 rue des Jardins, 70320 Feugerolles.

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